The Woman That Never Evolved

Le titre de cet article est aussi et surtout le titre d’un livre paru en 1981, écrit par Sarah Blaffer Hrdy, sociobiologiste et féministe. Sarah Hrdy est professeure émérite à l’Université de Californie à Davis et associée au Peabody Museum of Archaeology and Ethnology de Harvard. Ancienne boursière Guggenheim, elle a été élue à la National Academy of Sciences, à l’American Academy of Arts and Sciences, à la California Academy of Sciences et à l’American Philosophical Society.

Il répond de manière plutôt surprenante à plusieurs questions autour de la femme et de sa sexualité par l’étude de différentes espèces de primates.

Que signifie être une femme? Qu’est-ce que l’orgasme chez la guenon peut nous apprendre de la sexualité féminine ? Comment expliquer l’appétit sexuel de la femme, qui peut pratiquement faire l’amour à n’importe quel moment du mois et de l’année ? La compétition sexuelle est-elle l’apanage des mâles ?  Est-il exact que la domination de ces derniers soit  » naturelle  » ? Et faut-il admettre que les femelles des primates, à cause des exigences de la maternité, sont  » normalement  » destinées à une vie sexuelle moins exubérante que celle de leurs compagnons ?

Dans « The Woman That Never Evolved », sont présentées nos plus proches cousines chez les primates. Elles sont décrites comme des primates compétitives, indépendantes et sexuellement affirmées. Ces femelles rivalisent entre elles pour garder leur rang et pour la conquête des ressources et se lient également pour une défense mutuelle. Lorsque la «promiscuité» est un avantage, les primates femelles – comme leurs cousines humaines – manifestent un appétit sexuel qui leur assure une gamme de partenaires de reproduction. 

Sarah Blaffer Hrdy démolit les mythes sur les femmes sexuellement passives, « timides », respectueuses, exclusivement nourricières et tout ce que les ethnologues masculins ayant dominé ce domaine d’étude par le passé, ont pu être amenés à conclure en projetant leur vision phallocentrée.

Par exemple, pour de nombreuses espèces, les femelles chassent les mâles et adoptent des comportements qui seraient facilement assimilables à des femmes insatiables, hypersexuelles, chez les humains : elles peuvent par exemple avoir des rapports sexuels avec un groupe de mâles comptant jusqu’à 60 mâles différents, et ce même en dehors des périodes de fertilité de ces mêmes femelles. Celles-ci peuvent également avoir des rapports homosexuels.

Une éthologue du nom de Suzanne Chevalier-Skolnikof a par ailleurs noté, concernant les babouins, que « les réponses des femelles pendant les copulations hétérosexuelles sont moins intenses et les manifestations extérieures d’orgasme moins évidentes que dans le cas de femelles ayant des relations homosexuelles« .

Contrairement aux sociétés humaines patriarcales, de nombreuses espèces de singes sont matrilinéaires, matricentrées et matrilocales.

Saluée comme une synthèse révolutionnaire du féminisme et de la théorie de l’évolution lors de sa première publication, « The Woman That Never Evolved » est une réponse audacieuse et rafraîchissante aux versions contemporaines du darwinisme social. Elle éclate en morceaux le sexisme inconscient, et parfois pleinement conscient, qui fait depuis longtemps partie du processus scientifique. Grâce à son travail, dans des livres tels que The Woman that Never Evolved, Sarah Blaffer Hrdy a contesté et transcendé bon nombre des hypothèses erronées que les biologistes ont toutefois été amenés à exclusivement retenir depuis l’ère victorienne. 

C’est après avoir commencé à étudier les singes langur que Sarah Blaffer Hrdy a commencé à se rendre compte notamment du nombre important de paramètres constituant le succès reproducteur féminin. Cela a remis en question d’anciens paradigmes. Pendant si longtemps, on avait supposé que les hommes étaient essentiellement polygames tandis que les femmes n’avaient qu’un seul partenaire sexuel. Regarder des langurs a convaincu Sarah Blaffer Hrdy que ce n’était pas vrai. Désormais, nous réalisons que cela n’est pas seulement le cas pour les primates, c’est également vrai à travers l’ensemble du règne animal.

Chez les humains, dans une société patriarcale, un tel comportement sexuel est sociologiquement très vite perçu et étiqueté pour une femme comme celui d’une « fille facile ». Les clichés ont la vie dure. La sexualité féminine se libère et pourtant, le fait qu’une femme agisse comme un homme dérange toujours. La société nous rappelle également en permanence que la norme en matière d’amour, c’est le couple.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. m.Jojo dit :

    J’ai bien aimé lire cet article. Je ne suis pas un expert dans le domaine animal et si je me trompe me le dire. Nous les humains nous avons toujours été extrêmement influences par la religion ce qui n’est pas le cas chez les animaux. Je sais qu’ils ont des règles strictes dans leur « tribu » mais ce n’est pas une religion. Je suis fin soixantaine, élevé et éduqué au Québec par le petit catéchiste que nous devions apprendre par cœur. Tout était tabou et il fallait se confesser de tout (pendant que les prêtres devaient se masturber en écoutant cela) et les femmes devaient « faire leur devoir », ne jamais refuser une relation exigée de leur époux et quand il avait fini, il ronflait et madame restait sur son appétit. Et que dire en Afrique de l’excision pour empêcher les femmes d’avoir du plaisir … Les temps ont bien changé et comme le chantait si bien Renée Claude en 1969 …. « C’est le début d’un temps nouveau ». Merci Juliéta.

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  2. Mica dit :

    Notre société est belle et bien en peine lorsque l’on parle de sexualité, d’égalité. Cella est attristant d’autant plus que nous avons tant encore à apprendre. Un jour viendra pour l’égalité des sexes.

    Aimé par 1 personne

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