La CMC, une pratique sexuelle incomprise ?

En matière de sexualité, il existe certaines pratiques qui peuvent rester aussi incomprises, et donc facilement sujettes aux préjugés , que méconnues. La CMC (chasteté masculine contrôlée) en fait très certainement partie.

Il y a tout d’abord celles et ceux qui, parce que le sujet relève raisonnablement de l’ordre du privé et même de l’intime, ne peuvent aborder ce sujet tabou de manière sereine avec des personnes non averties.

Il y a ensuite celles et ceux qui ont une représentation viciée de la « cage de chasteté » dont le nom -probablement mal choisi- semble évoquer un concept barbare, un instrument de torture et qui de fait, s’offusquent de ce qui est pourtant un simple instrument de plaisir pour le couple.

Il y a encore certains hommes qui se sentent humiliés à l’idée qu’un tel dispositif puisse toucher à leur sacro-sainte virilité.

Mais il y a malheureusement aussi une partie des néophytes ou plus expérimentés en la matière qui pensent disposer du monopole de la connaissance et de l’exclusivité quant à la manière dont la pratique doit être exercée au sein du couple.

Difficile donc de se placer à l’intersection de toutes ces opinions et perceptions. Et si, pour tenter de concilier tout ce petit monde, cet objet était finalement présenté pour ce qu’il est vraiment : un jeu érotique pouvant se prolonger dans le quotidien du couple. Et si l’on se disait enfin franchement les choses sur cette pratique de plus en plus plébiscitée , sans honte ni déshonneur ? Si par exemple, on vous présentait simplement ce jeu comme un moyen d’augmenter la qualité de vos rapports, de renforcer votre complicité ?

La cage de chasteté peut être abordée sous un angle bien différent de celui des rapports de domination et de soumission auxquels elle est souvent associée. Elle peut être en effet perçue à l’opposé, comme un secret partagé renforçant la complicité et permettant de retrouver un équilibre plus juste au sein du couple, une sexualité alternative envisagée dans la pluralité des corps et des identités, avec pour valeur : jeu, respect, et consentement.

Pour l’homme, le port de la cage a pour conséquence positive l’expérimentation d’un plaisir moins reptilien et moins désireux d’une satisfaction immédiate de ses propres pulsions, un plaisir plus cérébral et moins phallocentré. Lorsque celui-ci choisit de confier les clés de sa sexualité à sa partenaire, cet acte fondateur lui permet ensuite de se sublimer et d’explorer en lui des ressources insoupçonnées. Le plaisir de l’encagé ne réside en effet plus simplement dans la pénétration et l’éjaculation mais se concentre désormais bien plus sur le plaisir de sa femme.

Pour la femme, c’est désormais à elle que revient, au gré de ses envies, le loisir d’assumer ses propres désirs. La femme ayant été pendant longtemps reléguée dans un rôle passif concédant plus ou moins tacitement à l’homme, en vertu de convenances sociales, le droit et le pouvoir de prendre l’initiative dans le domaine sexuel. Durant les rapports, la femme impose désormais son tempo, l’homme n’ayant plus le pouvoir de pénétration immédiat ou de l’orgasme égoïste, les -si mal nommés- préliminaires deviennent désormais essentiels, le temps de l’amour devient sacré. On apprend ainsi qu’il est plus facile pour la femme d’exprimer ses désirs en matière de sexualité, l’homme devient quant à lui plus ardent et communique plus facilement son adoration, son dévouement envers sa bien-aimée. Certaines pratiques sexuelles, comme par exemple le cunnilingus, sont des pratiques que l’homme en « cage de chasteté » affectionnera particulièrement, y compris pour un homme qui, avant la cage, ne souhaitait pas en entendre parler.

À l’inverse, la cage de chasteté peut aider certaines femmes qui sont moins portées sur le sexe à se mettre à l’aise face à cela puisque rien ni personne ne peut les contraindre à un rapport lorsqu’elles n’en ont pas envie. Le paradoxe de cette situation, c’est que du refus de la porteuse des clés va naître un désir croissant chez son partenaire, une frustration positive dont le jeu consiste à tirer pleinement profit. Il s’agit pour la femme d’apprendre l’art du dosage dans la montée du désir, l’art du refus tantôt taquin, tantôt intransigeant. Le refus est paradoxalement un élément central de la sensualité qui caractérise le jeu de la CMC.

Ce jeu érotique ou ce mode de vie, produit d’un consentement formel, ne doit pas induire un sentiment d’égoïsme chez la femme lorsque celle-ci choisit de refuser le rapport et la conservation sous « cage » de son homme, celle-ci doit être au contraire bien convaincue que c’est ainsi que son homme souhaite la voir, dirigiste et assurée, sinon croyez-bien qu’il n’aurait jamais accepté de porter cette cage.

Il n’est bien évidemment pas question non plus d’une revanche des femmes sur les hommes dans une période où de nombreux harcèlements envers les femmes ont été pourtant enfin étalés au grand jour. Pour illustrer cette position et concilier de nombreuses lectrices et nombreux lecteurs, je vous renvoie à ces magnifiques mots tellement justes de Maia Mazaurette dans « Le Monde »

En tant qu’hétéro indéboulonnable, et avec toute ma sympathie pour les dissidentes, ma réponse est simple : si l’hétérosexualité balkanise les femmes, elle balkanise aussi les hommes. Si l’amour menace le féminisme, il ébranle profondément le machisme. Si le couple est un espace où la domination masculine peut s’exercer, il est également un espace où l’émancipation féminine peut faire des miracles – un espace où les femmes regardent les hommes dormir.

Quand on reste hétérosexuelle, on peut retourner les hommes un par un, loin des solidarités masculines. On peut travailler ces problématiques en coopération plutôt qu’en opposition. On peut conquérir des alliés plutôt que d’encourager le ressentiment mutuel.

Les périodes de désespoir militant – et, éventuellement, de mise à distance – sont inévitables. Mais abandonner l’idée même du vivre-ensemble constitue, en soi, une défaite. On ne fait pas la révolution en claquant la porte. On ne s’engage pas en désertant. On ne considère pas comme perdue une bataille non menée. Et surtout, on ne change pas le quotidien sans s’y ancrer intimement. »

D’où la nécessaire affirmation d’un hétéro-optimisme : le couple, c’est exactement ce que nous en faisons. L’hétérosexualité nous déplaît ? Elle n’est pas toujours facile, on est d’accord. Mais la quitter sera toujours moins efficace que la métamorphoser de l’intérieur. En commençant – pourquoi pas ? – par la réinvention des codes de la Saint-Valentin. La semaine prochaine, c’est monsieur qui enfile la lingerie.

Il est toujours temps de penser d’une autre manière les rapports hommes/femmes, de repenser une sexualité infligée selon des modalités strictement masculines alors que l’organisation phallocratique de la société tend à considérer les rapports comme un dû, y compris alors même que la pénétration vaginale tue le désir. Car non seulement cette sexualité phallocentrée est inefficace et parfois humiliante, mais les copains ou maris y sont aussi décrits comme manquant d’attrait, de curiosité et de sensualité. Ces problématiques produisent un ras-le-bol. Légitime. 

Lorsqu’on pratique la CMC, on constate rapidement tous ses bénéfices pour le couple et l’on en vient à se dire qu’il serait peut être temps pour que de nombreux couples se prêtent à cette aventure.

Toujours dans les registres des bénéfices de cette pratique, chez l’homme cette fois, l’abstinence prolongée provoque inévitablement une augmentation constante du désir et lorsque l’orgasme est vraiment permis, sa puissance et le plaisir associé en sont décuplés. À ce titre, la cage peut être considérée comme le plus puissant aphrodisiaque masculin. Sur le plan mental, ce désir se traduit chez celui-ci par la volonté d’offrir plus de plaisir à sa partenaire mais également de communiquer favorablement autant sur le champ verbal que sur celui de la sensualité (d’ailleurs, l’idée de tenir un « cahier de liaison » pour exprimer ses sentiments et désirs sur papier est une démarche qui est souvent exploitée avec cette pratique).

Peu importe la sexualité alternative dont on parle, cela vaut pour de nombreuses pratiques : la pluralité des pratiques est ce qui permet d’évoluer vers de nouveaux horizons, ce qui fait aussi que l’on réfléchit davantage à nos penchants, à nos désirs, à nos passions, à nos valeurs et même à notre façon de les intégrer dans notre vie privée et sociale. Avec la CMC, plutôt que de « subir » leur sexualité, les couples qui la pratiquent se l’approprient, selon la personnalité de chacun, comme une passion, un mode de vie ou même une revendication. Il s’agit simplement de l’expression de son ouverture d’esprit permettant d’offrir un aspect de sa personnalité afin que cet amour partagé apporte une réelle dynamique à la vie du couple. En matière de sexualité, ce n’est certes pas plus « naturel » qu’un vibromasseur, pas moins naturel qu’un préservatif, pas moins naturel qu’un gode, pas moins naturel non plus que la position sexuelle excentrique que vous (n’) avez (pas) testés hier soir. Et sur ce plan, votre ouverture d’esprit et votre tolérance envers les pratiques des autres sont-elles dans votre nature ?

Cette subtile dose d’ouverture d’esprit dont font preuve les adeptes de la CMC amène une communication plus harmonieuse au sein du couple, à même d’offrir un renouveau permettant d’améliorer les rapports intimes de manière durable. La relation est entière et concerne les deux partenaires. Ils découvrent cette nouvelle variante de leur vie affective et, avec cette note de chasteté masculine, font davantage parler leurs sentiments. Cette amélioration significative de la sexualité fusionnelle permet d’améliorer les rapports avec sa compagne, de combler le couple de délices en vivant ensemble des moments riches et agréables.

8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. en cage. dit :

    Bonjour, je suis parfaitement d’accord avec votre article, je porte moi même une cage au quotidien, afin de référencer ma sexualité.

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  2. Marion dit :

    Je suis ravie de vous retrouver sur ce site formidable. Votre article est très juste. Je rajoute que les plus réticentes à tenter cette expérience dans leur couple restent malheureusement celles qui pourraient en tirer le plus de bénéfice, les femmes. Merci pour cette lecture !

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  3. Lesamours dit :

    Bonjour,
    Il faudrait que cette article très intéressant paraisse dans la presse féminine et fasse de nombreux adhérents

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  4. Frimousse dit :

    Il serait intéressant de faire la promotio de la CMC d’un côté pour les femmes et expliquer que ce n’est pas barbare, que ça ne fait pas mal, et qu’elles ont le droit de choisir leur sexualité sans la subir, et d’un autre côté aux hommes pour leur faire comprendre que le sexe n’est pas l’aboutissement de l’amour, qu’il n’en est qu’une composante, et que l’homme n’a pas un droit hégémonique et prioritaire dans la relation sexuelle.

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    1. Fematria dit :

      Bonjour Frimousse,
      C’est, il me semble, ce que j’essaye de faire comprendre au travers de cet article. Mais vous avez raison, cela nécessité d’être réitéré et précisé. C’est aussi une partie du thème abordé lors du prochain article de Maïa Mazaurette dans Le Monde ce dimanche.
      Julieta

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  5. Mica dit :

    L’un des cheval de bataille pour l’équité en Femmes et Hommes. Madame « Fematria » est une ardente pourvoyeuse du bien fondé de cette méthode. Je l’ai moi aussi testé bien que célibataire. Et effectivement la cage est belle et bien aussi physique de psychologique. Il faut tester, tester, tester et dialoguer, dialoguer, dialoguer.

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  6. mxfire dit :

    On sait que l’abstinence en modération apporte certain bien fait pour le corps et l’esprit. On n’a qu’à penser à la méthode du jeune intermittent qui est très populaire présentement. Cette méthode consiste à faire une brève pause d’ingestion de nourriture de façon contrôlée. Cette pause est importante puisqu’elle accorde le temps nécessaire au corps humain pour se régénérer. Lorsqu’on parle de sexualité, la Chasteté Masculine Contrôlée agit de façon similaire que le jeune intermittent. Elle permet au corps de l’homme de faire une pause de masturbation et accorde aussi le temps nécessaire au couple de se régénérer dans leur rapport amoureux.

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