Pulsions sexuelles incontrôlables ? Non, pulsions sexuelles incontrôlées !

Cet article vise à rendre compte de certains comportements par lesquels les hommes construisent de manière tourmentée et biaisée leur sexualité : l’éducation, la perspective socio-historique, mais également les facteurs biologiques et psychologiques seront évoqués. Il s’agit également de dégager ces préjugés sur lesquels repose leur construction.

 » Anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible « 

Une célèbre ethnologue et anthropologue française décédée en novembre 2017, Françoise Héritier, disait quelque chose de très juste concernant le désir masculin, et en particulier au sujet des supposées pulsions sexuelles qui justifieraient toutes les violences sexuelles des hommes :

il faut anéantir l’idée d’un désir masculin irrépressible. C’est se reconnaître inhumain que d’affirmer qu’on nourrit des pulsions incontrôlables !

Lorsqu’un homme viole une femme, ce n’est jamais sans préméditation. Les violeurs attendent en effet que les circonstances soient réunies pour le passage à l’acte. Le viol n’est pas la conséquence d’une pulsion. Aussi, il convient de prendre en considération la portée de ce faux postulat masculiniste comme l’un des fondements du discours patriarcal. Le viol n’est pas la conséquence d’une pulsion.

L’importance des pulsions sexuelles est propre à chaque individu. Tous les hommes ne sont pas des violeurs et tous les hommes n’ont pas des envies qu’ils ne sont pas en mesure de contrôler. Une pulsion sexuelle masculine n’est donc pas incontrôlable, elle n’est simplement pas contrôlée. Un homme en manque n’est pas un animal. Il doit savoir se maîtriser, et s’il ne sait pas se maîtriser, il doit apprendre à le faire.

Quant à l’hypersexualité et à la mesure de ce que serait une quantité « normale » de sexe, Il s’agit là davantage d’une norme sociale que d’une réalité physiologique. De la même façon que le désir sexuel est parfois assimilé, à tort, à un besoin vital (de type boire, manger, dormir, respirer).

Est-ce qu’un homme peut vivre sans éjaculer ?

Ceux qui pratiquent la chasteté masculine contrôlée sur de très longues périodes le savent, éjaculer n’est pas un besoin vital. D’un point de vue physiologique et biologique, comme expliqué dans la vidéo ci-dessus, il n’existe pas de nécessité de « vidanger » ses testicules.

Il peut même être bénéfique d’apprendre à être dans le contrôle pour reconstruire ses circuits du désir, y compris dans le contrôle émotionnel, afin de se libérer des schémas toxiques et afin de re-sensibiliser son corps, restaurer sa libido non selon un protocole mais selon un désir réciproque.

Une étude réalisée sur 510 personnes, publiée dans les Archives of sexual behavior, par le Professeur Michael Walton avec ses collègues de l’université de Nouvelle Angleterre à Amidale en Australie, montre par exemple que le fait de se baser sur l’activité sexuelle (nombre de fantasmes, masturbations, flirts, baisers, et rapports sexuels) n’est pas prédictif d’hypersexualité. Finalement, les sexologues en sont réduits à simplement prendre en charge ceux qui souffrent d’une sexualité envahissante, quel qu’en soit le degré. Ce n’est qu’après avoir démêlé, au cas par cas, le contexte de cette hypersexualité que la thérapie pourra alors commencer.

Notons quelques points importants qui ressortent des études sur le sujet et sur la façon de s’en servir pour combattre les idées reçues en la matière.

L’importance de la pulsion est intimement liée à la capacité de l’homme à accepter la frustration

L’importance des pulsions est intimement liée à la capacité de l’homme à accepter la frustration. Un homme incontrôlé, n’est-ce pas juste un enfant ? N’est-ce pas là une manière de déresponsabiliser les hommes puisqu’il s’agit en vérité davantage d’un manque de volonté.

Une dimension historique

Dans la Rome Antique, une caractéristique de l’époque était, pour les hommes, de savoir contrôler ses pulsions et son goût des plaisirs. À Rome, moins on s’intéressait au sexe, plus on était perçu comme viril, la sexualité était féminine, la chasteté masculine. Les pratiques et normes sexuelles antiques ont inévitablement façonné la conception occidentale de la sexualité.

Virginie Girod, docteure en histoire et spécialiste de l’antiquité, est sûrement celle qui en parle le mieux.

Virginie Girod

Les pratiques intrinsèques ne varient pas dans le temps, on n’a rien inventé de fou depuis l’Antiquité puisque, tout simplement, notre corps nous limite. En revanche, ce qui est toléré ou pas varie dans le temps en fonction des idéologies d’une époque. Aujourd’hui, on est beaucoup plus ouverts sur tous un tas de pratiques, ce qui caractérise la perversion ou la déviance est vraiment quelque chose qui relève du pathologique. Néanmoins, il y a quelque chose qui perdure, c’est cette dualité de la femme, mère ou putain. L’exemple que je donne toujours est le suivant : le poète Martial écrit, fin Ier siècle, début IIe siècle de notre ère, « je veux une Lucrèce le jour et une Laïs la nuit ». Lucrèce est le terme qui désigne la femme idéale, pudique, chaste (ce qui pour les Romains signifie partager une sexualité avec son mari dans le but de concevoir), en référence à Lucrèce qui s’est suicidée après avoir été violée pour ne pas faire de tort à son mari ; Laïs est le terme générique qui désigne les prostituées. Et, il y a 2-3 ans, je me suis retrouvée avec le Elle dans les mains et je suis tombée sur ce magnifique titre d’article : « Comment être une princesse le jour et une salope la nuit ? ». Je me suis dit que les choses ne changeaient décidément pas… on nous autorise peut-être un peu plus cette dualité, essentiellement dans les milieux intellectuels, plus libérés, plus affranchis des normes, mais ce n’est pas vrai partout. De manière générale, la sexualité féminine reste très limitée et limitante.

Virginie Girod

À l’époque donc, pour l’homme libre, seule compte la position dominante : il lui importe de pénétrer, que ce soit une femme ou un homme. Le cunnilingus aurait été une humiliation honteuse, de même que toute autre pratique qui ferait de lui un être passif. De ce côté-là, les choses ont un peu changé. Ce qui a néanmoins évolué très défavorablement, c’est bien le fait d’assimiler les désirs sexuels masculins à des besoins vitaux. Ne laissons donc jamais un homme dire qu’il ne faut pas essayer de réprimer ses pulsions sous le prétexte que celles-si sont naturelles, d’ordre biologique, hormonales et que ce serait aller contre nature.

Notons en outre que les taux de testostérone ne sont pas corrélés à plus d’agressivité, au contraire la testostérone est une hormone qui favorise les comportements équitables comme l’a montrée une étude parue dans la revue scientifique Nature (Eisenegger, 2009). Le manque, la frustration sexuelle ne sont en aucun cas des arguments pour justifier une mainmise sur le corps d’autrui. Cet argument est facilité par des siècles de sexisme et de domination patriarcale qui ont véhiculé une représentation mensongère des femmes. 

Cette construction sociale justifie même parfois des lois archaïques, comme celle de mai 2011, dans laquelle la cour d’appel d’Aix-en-Provence en France avait condamné un homme au divorce à ses torts exclusifs au motif qu’il ne faisait pas l’amour avec sa femme. Cela fait partie des vestiges canoniques du droit civil où le sexe est régi par le droit du mariage. Or, on sait que le viol accompli dans l’intimité de la chambre parentale reste tabou alors que plus d’un tiers des viols sont pourtant commis au sein du couple.

Le viol n’est rien moins que le signe d’une société patriarcale et sexiste. Ces violences sont rendues visibles essentiellement grâce aux mouvements féministes.

Contrecarrer l’archaïsme de la pensée masculiniste passe donc par l’éducation et la prévention.

A l’heure où les violences sexuelles masculines commencent à être enfin un peu dénoncées, Il est aussi temps que les femmes s’émancipent des rôles figés pour vivre pleinement et librement leur sexualité. D’ailleurs, lorsque ce sont des femmes, les désirs sexuels ne sont jamais énoncées comme des pulsions incontrôlables, étrange non ?

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Kitty dit :

    Super, beaucoup de plaisir à lire et j’ai appris des choses. J’ai apprécié voir la chasteté relié à cette phrase « restaurer sa libido non selon un protocole mais selon un désir réciproque. », jusqu’a présent, j’ai toujours lu dans des témoignages de FLRs beaucoup de mythes biologisants sur la régulation automatique du désir par la cage, des couples qui parlent de « il y a release une fois tous les premiers samedis du mois pendant 10 minutes » avec un discours sur les hormones, ce qui ensuite repris dans les fantasmes des mecs qui font de la fiction, bien sur corrélé à l’idée de désir incontrolable avant. J’ai remarqué que souvent la chasteté voir la FLR toute entière servait de « petit guide éroticisé pour se sortir du patriarcat hétéronormé », chasteté et denial comme version la plus woke du NoFap, comme alternative au bouquin de développement personnel marketté pour les hommes et au « bien-être-naturel-quantique » marketté pour les femmes.

    La cage de chasteté c’est un peu comme la paire de ciseaux qui colle le moins aux fils de la toile du patriarcat, les couples hétéronormés peuvent se créer une bulle d’air plus efficacement que par tous les autres moyens et je suis ravi pour eux, mais si tu veux cramer toute la toile d’un coup, faut s’approprier les SHS, les sciences cognitives, la bio, la théorie féministe et queer. A chaque instant de ma vie c’est le gauchisme qui m’a « sauvé », la déconstruction d’abord, les couilles bleues après^^ archétype du nerd puceau introverti autiste, si j’avais pas été si chanceux dans mon éducation et si j’avais pas accès à tout ce capital culturel, j’étais de la chair à canon pour les mascus, virilistes, alt-right etc… il en va de mème pour beaucoup de femmes qui arrivent à réaliser qu’elles peuvent être dominantes et vaincre le syndrome de l’imposteur, le sentiment d’être une mauvaise personne etc… et au dela de ça, c’est la clé pour apprendre à communiquer, s’introspecter et s’approprier sa sexualité pour tous les genres et surtout les femmes.

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    1. Marion dit :

      Comme vous, j’ai trouvé l’article très instructif mais votre commentaire aussi, très percutant.

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  2. mica dit :

    Un nouvel article au cœur des actualités. Il est d’une évidence absolue que l’individu est parfaitement à mème de « s’auto-contrôler ». Encore faut il le vouloir ? Il y a bien d’autre façon d’atteindre un orgasme masculin. L’éjaculation, la pénétration ne sont pas les uniques méthodes ……

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