La masturbation dans le couple

Le plaisir solitaire lorsqu’on est en couple est considéré comme un champ d’exploration de notre propre corps et d’évasion vers nos fantasmes. Celui-ci doit être dissocié de la sexualité à deux. Le plaisir solitaire vient compléter et enrichir la sexualité à deux mais le rôle de la masturbation n’est pas de remplacer, ni d’exclure une relation d’intimité avec l’autre.

Idées reçues sur le plaisir solitaire : entre mythe et réalité ...

L’auto-érotisme peut cependant poser problème dans la relation de couple lorsqu’on se masturbe davantage que l’on ne fait l’amour. Il peut même être un révélateur d’un véritable malaise dans le couple. Problème de communication, absence totale de désir pour sa ou son partenaire ou difficultés personnelles (dépression, anxiété) de l’un des deux : si l’éloignement, quelles qu’en soient les causes, s’est peu à peu installé et que l’onanisme est devenu pratiquement la seule et unique source de plaisir, il est conseillé d’en parler avec son conjoint pour trouver ensemble des solutions.

La masturbation solitaire, un danger ? non mais attention tout de même…

Le mot « masturbation » vient du latin « manu stuprare », signifiant « se polluer avec la main« . Son autre appellation, l’onanisme, tire ses origines d’Onan, personnage biblique qui préféra « ensemencer la terre » plutôt que de donner des enfants à la femme de son frère qu’il avait dû épouser. Soit un crime, que Dieu lui fit payer. Si les croyances et la religion servent encore de socle à de nombreuses cultures traditionnelles, elles restent aussi le premier ennemi à la sexualité et à l’épanouissement personnel : en effet, se masturber c’est s’adonner à une sexualité pour son propre plaisir et non pour la reproduction. La religion interdit toutefois la sexualité pour le plaisir. Cette proscription est restée ancrée dans les esprits et ce qui est considéré comme un délice égoïste par la religion demeure encore aujourd’hui, parfois inconsciemment, connoté de manière péjorative bien qu’il devrait être compris comme un aspect important dans le développement de notre sexualité et notre rapport plus juste à notre corps. En particulier à l’adolescence, où l’éducation est toujours défaillante sur le sujet, période durant laquelle nous devrions pourtant mieux appréhender l’éducation du corps, de la sensualité et du plaisir. Ensuite, avec notre partenaire, il est là encore un moyen efficace d’apprendre à éveiller les sens de chacun à la jouissance.

Attention toutefois, si les vertus de la masturbation pour une sexualité plus épanouie sont avérées, il est très fréquent -c’est l’une des principales raisons de consultation chez les sexologues- que face aux pratiques autoérotiques de leurs conjoints, les femmes soient inquiètes.

Quelles en sont les raisons ? Pourquoi des hommes, pourtant en couple, se masturbent ? Comment y remédier lorsque cette pratique est invasive ?

Pour certaines femmes, la découverte de l’onanisme de son homme peut être très mal accueillie. Elle peut même être un motif de consultation d’urgence chez un sexologue. La plupart du temps, elles ne surprennent pas leur partenaire en « flagrant délit », mais découvrent des indices (majoritairement des images pornographique sur l’historique de l’ordinateur). Quelles sont les clés pour mieux réagir dans cette situation ?

Les chiffres de l’onanisme

Les chiffres sont là (l’enquête de Doctissimo sur le sujet est particulièrement intéressante) : 94 % des hommes se sont masturbés avant leur premier rapport sexuel, en moyenne à l’âge de 13 ans. Une activité qu’ils pratiquent ensuite régulièrement, avec une pointe à l’adolescence (parfois 2 fois plus). Une fois en couple, 87 % des hommes poursuivent cette activité à des fréquences différentes pour les uns et les autres. 47 % le font une fois par semaine ou beaucoup moins. 31 %, plusieurs fois par semaine et 11 % une fois par jour ou plus.

La masturbation solitaire en chiffres - Le Cabinet de Curiosité ...
Une étude a été menée en 2009 aux Etats-Unis, sur la fréquence de masturbation des hommes et des femmes en fonction de leurs âges.

Et si 87 % des hommes pratiquent cette stimulation sexuelle, 13 % le font en culpabilisant, et 40 % sans le dire à leur compagne. Et ils sont tout de même 11 % à s’adonner à l’autoérotisme tous les jours. Un sujet qui reste tabou chez bien des couples. Beaucoup de femmes continuent à se sentir humiliées quand elles surprennent leur conjoint « en flagrant délit », voire trahie quand le support d’excitation est un film porno. Il faut savoir qu’à la question : « Le porno vous stimule-il ? », les hommes répondent « oui » à 85 %.

Les risques pour le couple

Le constat de nombreux sexologues sur le sujet est parlant. En témoigne ce constat de P. Arlin (sexologue):

« Les hommes que je reçois en consultation se plaignent rarement que les femmes se masturbent. Ils sont généralement excités par cela. Ils peuvent toutefois être gênés par l’utilisation des sextoys car apeurés par le fait d’être comparés à ces jouets, et de ne pas être à la hauteur lors des câlins à deux. Or, la gent féminine a, à l’inverse, tendance à considérer l’onanisme comme une attaque personnelle : « tu es un pervers, tu as des fantasmes, tu penses à d’autres femmes, tu me trompes… »

De fait, si certaines partenaires découvrent que leur amoureux se caresse en privé, elles peuvent ensuite exprimer leur refus de faire l’amour. En plus de la jalousie, l’image du “pervers” influe alors négativement sur la libido.

L’onanisme peut également induire un risque de dépendance. De la frustration peut ainsi se former dans le couple, et créer de la dépendance. Pour ne pas tromper sa partenaire, la masturbation devant les films pour adultes peut devenir alors son rituel quotidien, considérée comme un shoot qui donne envie de libérer ses tensions et pulsions. Un phénomène qui peut même avoir des conséquences plus inquiétantes, en plus de devenir addicts au plaisir facile, des problèmes d’érection peuvent intervenir chez l’homme soumis à ses pulsions.

Certains hommes, vexés par le fait que leur partenaire n’assouvisse pas leurs désirs aussi souvent qu’ils le souhaiteraient, adoptent un comportement irrespectueux qui peut même aggraver la situation et se servent de la masturbation en solitaire comme une menace : « Tu n’as pas envie de moi ? Très bien ce n’est pas grave, je vais me faire plaisir tout seul, ça sera plus simple« .

Ainsi, si 75 % des femmes et 90 % des hommes avouent se masturber (enquêtes Ifop, 2015 et 2014), la pratique solitaire demeure paradoxalement la source de nombreux conflits. En effet, si elle est mal comprise et qu’elle prend trop de place, la pratique nuit à la sexualité alors qu’elle devrait l’aider.

Masturbation : comment bien l’intégrer au sein du couple ?

En revanche, si votre niveau d’intimité est très élevé et qu’une grande liberté s’est installée au sein de votre couple, pourquoi ne pas le faire à deux ? Pourquoi ne pas transcender la pratique ? Pourquoi ne pas jouer avec l’excitation au sein du couple ?

Tout d’abord, les partenaires doivent être très libres dans l’expression de leurs plaisirs et de leurs besoins respectifs. Vous pouvez alors simplement dire à votre conjoint(e) que vous aimerez le ou la voir se donner du plaisir. Cet instant d’intimité partagé peut même devenir très éducatif. En observant sa manière de se caresser, les zones érogènes sollicitées, vous apprendrez aussi à votre partenaire comment lui procurer des sensations de plaisirs extrêmes. Confiance et complicité en seront par la même occasion renforcées. Lorsque la masturbation est partagée, qu’elle n’est pas tenue secrète ni taboue, elle fait l’objet d’échanges et de jeux, nourrit l’univers fantasmatique du couple.

Elle « se cambre, arque les jambes, jouit violemment. Elle tremble, elle met du temps à se calmer. Pause. On a l’impression que c’est fini, mais non, ses doigts s’attardent, et puis elle recommence, elle se fait jouir encore une fois, encore plus fort. Après quelques soubresauts que je trouve vraiment magnifiques, elle reste immobile un moment, reprenant son souffle, son ventre lisse se soulevant doucement. Elle ouvre les yeux, pousse un léger soupir, comme quelqu’un qui revient sur terre. »

Les plaisirs solitaires ouvrent parfois les portes de royaumes érotiques célestes.

Emmanuel Carrère – Le Royaume (Gallimard)

Oser se caresser devant l’autre est une façon érotique de partager nos secrets intimes. La masturbation devient plus qu’une parenthèse solitaire, elle peut donner une meilleure connaissance de l’accès à la jouissance du partenaire, et élargir le registre érotique au sein du couple. « On lui donne les clés de son royaume, en quelque sorte« .

Oser se caresser devant l’autre peut amener chacun à ressentir un certain embarras et cela est finalement assez normal. Le plus simple est d’accueillir cette gêne, plutôt que de l’éviter. La dépasser peut se faire au fil du temps, dans la confiance entre les deux partenaires. Alors une excitation saine peut jaillir, témoin de la bonne santé du lien érotique dans le couple : le plaisir de l’un augmente la montée de libido de l’autre.

Une autre manière de renforcer la complicité dans ces moments partagés consiste à introduire les sextoys dans vos ébats, comme un jeu. Le sex toy peut ouvrir tout un pan ludique de la sexualité, et ajouter une autre forme d’exploration.

L’excellent article de Maïa Mazaurette « Partagée, guidée, transcendée : la masturbation n’est pas qu’un plaisir solitaire » dans laquelle elle évoque le principe de la masturbation guidée :

Le partenaire en charge peut évidemment prêter main-forte, ou se contenter d’instructions. Est-ce trop intrusif ? La masturbation guidée rappelle en effet l’univers de la domination (le maître ou la maîtresse ordonne de se masturber à telle ou telle heure, de porter un sex-toy pendant la journée, de retarder un orgasme ou au contraire de le provoquer, il ou elle peut également imposer le port d’une cage de chasteté pour jouer sur la frustration d’un soulagement incessamment repoussé). Il est exact que ces jeux font partie des basiques.

La chasteté masculine contrôlée pour un plaisir transcendé

Une pratique en particulier, envisagée dans le cadre du jeu sexuel par Maïa Mazaurette dans son article, peut en effet permettre de sublimer la masturbation dans un contexte de vie à deux. Un de nos lecteurs, Mathieu*, explique :

Ce qui était au départ un simple jeu sexuel dans notre couple est finalement devenu une pratique qui a permis d’élever notre relation au rang du sacré. Pour ma part, la cage de chasteté m’a permis de me libérer de mon addiction à la masturbation compulsive. Cela me gâchait ma vie quotidienne, je culpabilisais de le faire sans ma femme et sans pouvoir parvenir à me contrôler. Désormais, non seulement, je vis mon plaisir avec elle mais ce plaisir est aussi plus intense pour moi et je suis également beaucoup plus attentionné envers elle

Image associée

Sa partenaire, Delphine* qui a également accepté de témoigner, décrit précisément les bénéfices :

il ne s’agissait pas pour moi de punir mon homme, mais au contraire de le protéger de son absence de maîtrise de soi et d’accepter d’être la garante de ses volontés. Je ne lui refuse pas nécessairement son plaisir sexuel, cela ouvre au contraire une forme de plaisir différente, transcendé et quand je le « libère », le rapport est nettement plus épanouissant et l’orgasme nettement plus intense pour nous deux. Il utilise sa langue, ses caresses, ses doigts pour me fournir une satisfaction sexuelle constante et selon mes désirs. Si je désire une pénétration, je peux choisir des méthodes pour y parvenir sans qu’il soit « libéré », ce qui ne l’empêche pas d’éprouver une excitation intense. Bien au contraire. Parfois, je complète le jeu en le déverrouillant pour une durée limitée à une minute, chronomètre en main, s’il n’y parvient pas, c’est retour automatique sous clé.

La chasteté masculine est de plus en plus populaire, les médias en parlent, de nombreux couples ont adopté la pratique. Parmi les couples d’amis que vous fréquentez, il n’est pas improbable que certaines disposent déjà des clés de la cage de leur partenaire. Bien entendu, pour mettre en place le déni d’orgasme et la chasteté masculine au sein du couple, vous devez parler, vous devez vous exprimer et vous comprendre. Savoir ce que l’un et l’autre veulent et attendent.

Votre homme va certainement prétendre que les hommes ont besoin d’éjaculer régulièrement pour rester en bonne santé. Nous avons néanmoins vu que cela était faux (article).

Une pratique tantrique

Dans les pratiques tantriques, la respiration connectée permet de faire monter l’énergie sexuelle. Quand on est à l’aise avec ces pratiques, il est ainsi possible d’aller jusqu’à l’orgasme, indépendamment de celui de votre partenaire.

Face à face, caressez-vous les yeux grand ouverts et respirez ensemble. Ressentez à la fois la montée de votre plaisir et l’excitation que vous procure la vision de celui de votre partenaire.

*les prénoms ont été modifiés

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. m.Jojo dit :

    Bonjour, quand je parle à Jojo de la masturbation, je fais toujours référence « à mes premières amours » ….. hihi

    Aimé par 1 personne

  2. mxfire dit :

    Cet article s’applique très bien à la nouvelle réalité de notre couple. Nous pratiquons la chasteté masculine contrôlé et c’est uniquement ma femme qui pratique la masturbation sur moi. La masturbation en solitaire à regarder des vidéos pornographiques a été remplacé par autre chose. La chasteté masculine ne veut pas dire qu’on enferme la sexualité et jette les clés à la mer.

    La sensualité a pris toute la place de notre intimé, alors que nous sommes en couple à regarder nos séries préférées sur NetFlix. Ma femme se colle sur moi et me masturbe lentement pendant qu’on regarde l’émission. La soirée se termine par un baiser bonne nuit et pas d’orgasmes. Il n’y a donc pas d’attente que la soirée va se terminer par une relation sexuelle ou par la frustration du rejet. Ce qui encourage ma femme à recommencer le lendemain et l’excitation monte de plus en plus. C’est surprenant, mais j’ai droit a plus de masturbation qu’avant.

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  3. Mica dit :

    Bel article, la masturbation masculine en solo est très néfaste (aux couples, à l’état d’esprit). Le partage est quant à lui l’idée à retenir. L’ébat charnel en y intégrant la masturbation partagée !

    Aimé par 1 personne

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